Monday, April 21, 2014

Colombus


Il s’appelait Colombus. Même si personne ne connaissait l’origine de ce prénom, tout le monde dans mon village l’appelait Colombus. Vagabond, il était humilié par tous. On se demandait avec étonnement d’où venait son célèbre prénom. Les villageois le moquaient en disant « ah Colombus, où est le bateau ? » Mes parents m’avaient prévenu qu’il était fou et qu’il ne fallait pas lui parler. Ses yeux noirs mais clairs brillaient chaque fois qu’un enfant l’approchait. Il leur souriait sans effort avec ses dents trop rougies par la chique du bétel. Mais les gamins croyaient qu’il crachait le feu entre ses dents et que son sourire n’était qu’une simple grimace ! Ses longs cheveux frisés ressemblaient à ceux des indigènes à Mahiyanganaya qui avaient besoin d’un soin à l’huile de coco. Vêtu d’un short et d’une chemise déchirée, probablement volés à ses voisins, il était un clochard typique . Par contre, ce qui était la plus extraordinaire, c’était qu’il portait des bottes noires ce qui fascinait les gamins. Moi, je n’avais jamais vu les bottes des voyageurs car c’était des choses rares dans le village. Avait-il le projet de faire le tour du monde, ce Colombus ?

Quand nous étions lassés de jeux enfantins nous cherchions l’aventure près d’un bois qui se trouvait au coin du village. Un câble électrique qui servait à protéger le village des éléphants séparait le bois et notre village. La hutte de Colombus avec le toit de palmier se trouvait à la lisière du bois interdit. Les gamines n’osaient pas y entrer de la peur de Colombus et des éléphants sauvages. Les histoires terrifiantes des adultes du village faisaient frémir les enfants jusqu’au os car ils croyaient aux diables noirs et rouges qui résidaient dans les hauts arbres au milieu de la forêt. Les filles ne sortaient pas à midi et à la nuit de la peur de se faire posséder par ces démons cruels.



Un jour, en revenant chez moi de l’école, je fus prise d’une irrésistible envie d’entrer chez Colombus. La petite hutte de Colombus me paraissait une ruche d’où coulait le miel et je la dévorais presque des yeux. Je me souviens encore : moi, une fillette de dix ans qui devait rentrer chez moi après l’école, j’ai décidé de franchir la frontière. J’ai marché, le cœur battant et à petits pas vers la hutte qui trônait dans toute sa majesté. C’était un abri extraordinaire, pas de meubles, pas de décorations, pas de fenêtres. Il n’avait que l’oreiller de Colombus, sans lit, quelques valises, quelques marmites et les cuillères pour cuisiner. L’unique pièce avait l’air de la demeure d’un ascétique. Désillusionnée, j’ai décidé de la quitter tout de suite. Mais malheureusemen,t Colombus était à la porte. Il m’observait avec ses yeux trop noirs, d’un air soupçonneux.

«Que fais-tu ici? » Me demanda- t- il d’un air irrité. « Es-tu venue m’espionner? »

«Non, mais …non je cherchais les plumes. Les plumes, je les adore », je répondis d’une voix tremblante et pleurnicharde.

«Ahhh tu cherche des plumes. J’en ai beaucoup ». Soudain, son ton est devenu tout tendre. Ses yeux noirs brillaient d’une joie enfantine.

«Viens, je te montre toutes mes plumes, toutes celles que j’ai trouvées dans le bois. »

Ensuite il a ouvert une de ses vielles valises et m’as montré sa récolte de plumes d’oiseaux. Les jaunes des orioles , les vertes des perroquets, les noires des coucous , les bleues des martin –pécheurs , les blanches des hérons , les brunes des chouettes et des mynas et les grises des pigeons . J’ai trouvé une très jolie plume de paon que je désirais depuis longtemps. La belle plume de Paon était décorée exceptionnellement avec ses couleurs jaunes, vertes, bleus et noires chatoyantes et les ocelles. C’était un trésor que j’ai reçu de Colombus dont on avait tant peur. J’ai couru chez moi me sentant le cœur d’une reine, ce jour là. Ainsi commencèrent les meilleurs jours de mon enfance.


Chaque jour, je le visitais secrètement après l’école. Il était devenu mon meilleur ami et on avait tant de choses à faire ensemble. Il n’était jamais fatigué de me répondre et il me racontait des anecdotes merveilleuses. On se promenait dans le bois en cherchant les plumes, les cailloux et les feuilles mortes.

«Regarde ce caillou, il s’appelle comment? » Me demanda- t- il.

«Quoi? Le caillou a un nom? »

«Pourquoi pas, il s’appelle Banda, et cette pierre, elle s’appelle Sumana. »

J’ai éclaté de rire mais avec le temps j’ai connu ses goûts. On courait ensemble dans les rizières qui flottaient au vent toute souriantes. Il m’a appris à sentir la Cannelle et on mâchait comme les vaches, les morceaux de cannelle fraîche, qui brûlaient nos bouches. On mangait les mangues verts avec la poudre de piment rouge et le sel, que ma mère m’avait interdites car elle croyait que les fruits verts tuent le sang rouge. Il m’a emmenée me baigner dans l’étang au milieu de bois couverts de plantes sauvages. On s’y est baigné tout nus en criant à tue tête les chansons folkloriques.


Kiri Kiri Bole 
Reli reli Maale
Me Lamaya Kohendoe
Rosa Kelen Ehindoe...

කිරි කිරි බෝලේ
රැලි රැලි මාලේ
මේ ලමයා කොහෙන්දෝ

රෝස කැළෙන් ඇහින්දෝ...

Après le bain, on se dirigeait vers la petite colline où on avait l’habitude de s’allonger en toute tranquillité.



Un jour, en regardant le ciel il me demanda , 

"Ma petite fleur, pourquoi le ciel et la terre sont séparés? "

"Je ne sais pas Colombus. "

"S’ils sont ensemble ils vont s’ennuyer. L’ennui va les séparer"

"L’ennui, c’est quoi ça? "

"C’est une friandise pourrie". On éclata de rire et il me chatouilla et on rit jusqu'à en pleurer.

De la colline, je voyais la rue principale du village. Un moine bouddhiste vêtu de couleur safran marchait lentement en s’arrêtant à chaque maison, chaque échoppe. Le Mudalali lui offrait de la nourriture, il la mettait dans son bol à offrandes. Il continuait à marcher.

"Ma petite fleur, aimes-tu rêver? "

" Pourquoi pas? Je vois beaucoup de rêves . Mais je n’aime pas les cauchemars surtout quand il y a des démons. J’ai peur. "

"Il faut rêver ma petite…tous et toutes"

"Pourquoi? "

"Si tu rêves tous les jours, tu auras beaucoup de friandises." On a éclaté de rire encore une fois. 

"Rêvons." On a fermé les yeux très forts pour essayer de rêver. Mais on ne voyait aucun rêve. On ne rêve pas quand on veut !

Il regarda ma paume attentivement comme un astrologue. Il prédisait sans cesse des bêtises sur mon avenir.

"Ma petite va devenir une reine, une reine puissante, et tu vas punir tous les gamins méchants. "

Je pris à mon tour sa paume en souriant.

"Colombus tu vas partir en grand bateau un jour comme tout le monde le dit" 

Tout de suite son visage devint sombre.

"Colombus, je ne faisais que rigoler, es-tu fâché? " J'avais envie de pleurer.

"Non ma petite fleur, je vais partir un jour . J’attends mon bateau avec patience. C’est un voyage continuel"

. "Alors moi, tu vas me quitter?" 

"Non ma belle fleur, on va se rencontrer un jour. Mais tu viendras plus tard."

Il m’a promis.


…………………………………………..


Je voyage en bus dans la centre ville et je m’engloutis dans un coin de bus pour éviter la vapeur venimeuse dehors. Les voitures, les bicyclettes, les camions klaxonnent, roulent, klaxonnent roulent, ce qui semble un marathon. Par contre, mon bus qui roule plus lentement qu’un escargot semble indifférent au brouhaha du dehors. À l’intérieur du bus, plein de gens, comme une bouche débordé de riz, suffoquent avec peine. Quelques femmes, revenant du marché, portent des grands sacs pleins de légumes, de fruits, de friandises et de poissons. Le mélange de toutes ces provisions avec la sueur dégoulinant des femmes créent une atmosphère étouffante qui donne envie de vomir. Une radio hurle une chanson d'amour triste mais avec un rythme rapide qui fait presque danser naturellement le groupe de garçons qui sont debout. Malgré tout ce vacarme un couple au coin du bus continue son dialogue amoureux.


"Quand est-ce qu’on va se marier Kelum? "

"Bientôt ma chérie"

"Et après ?"

"On aura des enfants. "

"Combien? "

"Un garçon pour toi une fille pour moi"

"Et après ? "



"Et après?"

"Je ne sais pas."

Ils se sourient l’un à l’autre, entrelaçant leurs doigts.



Un mendiant entre dans le bus avec un Rabana et il commence à chanter le Virindu d’une voix horrible. Il chante le chemin du paradis et comment éviter l’enfer. Il encourage les vieilles femmes à ramasser les bons karmas pour avoir une vie luxueuse au Paradis. Les vielles femmes cherchent quelques pièces dans leurs sacs à mains et les offrent au mendiant avec un sourire triomphant comme si elles étaient déjà aux portes du paradis.


J’arrive à ma pension d’université et entre dans ma chambre solitaire. Je m’assieds pour écrire un dossier sur la théorie absurde. Je suis toute paresseuse. J’aperçois les courriels que j’ai reçus le matin. Une lettre de maman:


Chère Duwa,


J’espère que tout va bien. Quand arrives- tu au village ? Tu te rappelles, le fou Colombus dont tu avais tant peur ? Hier, on l’a trouvé mort dans sa hutte. Ce fou, que tout le monde pensait complètement illettré avait dessiné un grand bateau avec un homme et une fille dans le plancher en charbon et a écrit ton prénom au dessous du dessin. Il a même laissé ses bottes noirs dans un sac à ton nom. C’est bizarre et drôle n’est-ce pas? Il te connaît ? 


J’espère que tu vas venir pour ces vacances car Thaththa va parler de ton mariage avec le fils de son ami. 


Budu Saranai ! 

Amma


Je regarde l’horloge avec un cœur blessé. Les aiguilles marchent autour du cadran dans une danse rythmée qui semble ne jamais vouloir s’arrêter. Le grand bateau….Colombus...la hutte...la rencontre...la friandise... la promesse...les bottes...le bateau...
Colombus, je viendrais te voir plus tard, promis!

Par Jahooli Devi

Sunday, April 20, 2014

Le Bonheur passait

Elle a passé, la jeune fille 
Vive et preste comme un oiseau: 
À la main une fleur qui brille, 
À la bouche un refrain nouveau. 

C'est peut-être la seule au monde 
Dont le cœur au mien répondrait, 
Qui venant dans ma nuit profonde 
D'un seul regard l'éclairerait! 

Mais non, - ma jeunesse est finie... 
Adieu, doux rayon qui m'as lui, - 
Parfum, jeune fille, harmonie... 
Le bonheur passait, - il a fui!

Poésie de Gerard de Nerval



Il y a un an, en avril, il lui a écrit ce poème de Gerard de Nerval quand il l'a rencontré pour la première fois. Elle était tellement triste de le lire, elle pleurait, triste pour lui, mais elle ne lui disait pas.
Dès ce moment, elle a résolu de lui rendre heureux, lui donner le bonheur qu'il a attendu, même s'il ne lui demandait rien. 

Elle avait déjà un cœur brisé, mais elle ne voulait pas paraître faible, mélancolique. Elle était plus qu'un oiseau, plus vive qu'un petit oiseau. Elle riait en éclats, elle se précipitait pour le voir, elle était énergétique, plein de vie. Que pour lui.

Elle n'attendait pas les fleurs par lui , elle lui donnait des fleurs, car dans la poème il adorait les fleurs. Il les manquait, désespérément. La douceur, la beauté des fleurs. Donc, elle a ramassé les coquelicots, les marguerites, les petits tournesols, tous les fleurs sauvages dans les champs pour lui donner, en printemps. Elle ne les sentait pas beaucoup de la peur de tuer leurs odeurs. Elle a voulu garder la fraîcheur de fleurs, la senteur de fleurs, juste pour lui. En hiver, elle n'avait rien, même pas une pétale. Elle craignait.

Avant, elle n'écrivait jamais les poésies d'amour. Elle commençait ses folies de refrains, juste pour lui, en osant d'évoquer ses sentiments profonds. Elle n'avait pas la honte de l'écrire, son amour pour lui. Elle risquait d'être vulgaire, d'être critiquée, d'être jugée, d'être moquée par tout le monde, même par lui en osant d'écrire ces refrains. Mais elle continuait ses refrains qui ne rimait pas toujours, vers libre, comme son amour, sans règles. 

Elle ne cherchait pas à lui plaire avec les paroles fausses ce qui paraissait convenables pour une femme élégante. Elle savait qu'il aimait les femmes élégantes, mais elle a voulu resté la Fille, la jeune fille, naïve, innocente, pure. 

Elle voulait juste le voir heureux, à la nuit. Elle ne voulait pas qu'il dormait tout seule, isolé dans la noirceur profonde. Elle restait à coté de lui, tout près comme un homme, pour lui donner la chaleur, pour lui assurer qu'il n'est plus seul, qu'il peut compté sur elle, toujours. Elle lui écrivait des histoires, pour lire avant de dormir, elle les lui envoyait sans cesse pour qu’il dort tranquillement après les avoir lues. Elle avait peur de la solitude de la nuit, qu'elle avait chaque nuit avec elle. Mais elle ne voulait pas donner ce sentiment à lui, donc elle a toujours voulu le souhaiter Bonne nuit, même s'il était loin.

Parfum, elle ne savait pas quoi faire avec ça. Pour son anniversaire, elle lui a offert un parfum, pour qu'il soit heureux. Il ne savait pas c'était à cause de la poème qu'il lui en a offert. Elle ne savait pas si c'est un bon cadeau pour un homme, mais elle lui a juste donné, comme ça sa vie sera parfumée. Elle ne lui écrivait pas une carte pour son anniversaire qu'il avait fêté avec sa famille, sans elle, car elle pensait qu'une carte était trop petite pour lui, elle ne peut pas tout écrire là.

Elle ne voulait pas que le bonheur soit fini pour lui, ni sa jeunesse. Elle lui consolait avec les beaux mots, belles phrases pour lui redonner sa jeunesse, pour lui retrouver le bonheur qui semblait fuir de lui.

Elle vivait un an pour lui, pour l'aimer, pour lui donner les sourires tout en se cachant sa propre tristesse.
Elle ne voulait pas l'amour. Ou d'être aimée, mais aimer, aimer pour rien, aimer sans espoir, aimer pour aimer.
Le bonheur pour lui, comme elle pouvait lui donner. Ouvrir son cœur, l'écouter s'il veut s'exprimer. Harmonie, lui créer l'harmonie  tout en souffrant dans un volcan. Elle croyait qu'il était heureux, qu'elle avait réussi. Elle était contente, pour lui.

Un an passé, en avril, ce printemps, Il lui a grondé de ne plus le déranger!

Par Jahooli Devi

Thursday, April 17, 2014

Happiness



I find it everywhere, happiness, that jewel many cannot find, that many search in vain.

It's there, a coconut from Sri Lanka lying on a sad looking exotic fruit corner in the super market priced at 1 euro.

Its there, a huge box of Ceylan tea in another corner waiting majestically to be picked up by a delicate hand.

It's there, a sack full of orange Dhal found in a dangerous open air Arabian market, a place not dared by any french feet.

It's there, the smell of spices, cinnamon or curry powder, bottled up nicely,  inhaled by a thirsty nose.

Oh, the list is not over.

It's there , the scorching provincial sun, which makes me red & sweat, yet in a sweet way.

It's there, butterflies & bees who visit our flowery garden in search of me! Do they?

It's there, the so green wild grass which grow like the hair on my legs, so excited, out of control.Yes, I like them.

It's there, the calmness of sea at Niolon, the saltiness in the air, the sailing boats waiting patiently.

Oh, the list is not over.

It's there, an empty bottle of Compote d'abricots, biologique et authentique rest among the precious on my study table.

It's there, a ten digit number, which appears on the phone randomly or a short voice message well protected.

It's there, a passionate kiss by a soft spoken , rough , mysterious man with sweet pink lips, so contrasting!

It's there, finally, my life itself which I am blessed with, No where else, so stopped I searching.


By Jahooli Devi